Chamonix Mont-Blanc, terre des cristalliers

Publié le 07/01/2022
Nature et Patrimoine
Claire
Musée des Cristaux

Un nouveau musée pour un trésor vieux de 25 millions d'années

Suite à deux acquisitions exceptionnelles, la Mairie de Chamonix-Mont-Blanc et la Communauté de Communes de la Vallée de Chamonix avaient pris la décision d'agrandir l'espace muséal et de créer un musée de minéralogie de tout premier plan au niveau national. C'est chose faite ! Le 19 décembre 2021, le Musée des Cristaux a rouvert ses portes après deux années d'importants travaux.

Les salles d'exposition occupent un espace de 700 m² avec non moins de 1800 pièces remarquables. Que l'on soit collectionneur ou néophyte, adulte ou enfant, l'émerveillement est absolu ! Soyez prêts pour une éblouissante immersion dans les trésors que recèle notre monde terrestre.

Musée des Cristaux ©Eric-Courcier

L’exposition commence le long de la chaîne des Alpes avec des pièces uniques issues des massifs alpins (France, Italie, Suisse, Autriche) et plus particulièrement du massif du Mont-Blanc. Elle propose un des plus beaux ensembles de fluorines rose-rouge, quartz fumés, axinites, sidérites, épidotes… de renommée internationale.

Musée des Cristaux

Le voyage se poursuit autour du monde, partant des mines et carrières françaises vers la découverte des pièces les plus emblématiques des cinq continents : azurites de Chessy-les-Mines, aigues-marines du Pakistan, pyrites péruviennes, dioptases congolaises et opales australiennes…

Musée des Cristaux - Asie-Chine

Une salle circulaire, appelée "le Trésor" fait découvrir or, argent, cuivre, saphirs, rubis, émeraudes, topazes, aigues-marines, grenats… Métaux nobles, pierres précieuses et pierres fines, brutes ou taillées, attendent les visiteurs dans le Trésor du musée des Cristaux

Les cristaux de roche, au cœur de l’histoire chamoniarde

Si la minéralogie est une passion qui se pratique dans toute la France, le Mont-Blanc est une zone de choix par la quantité et la qualité des cristaux qu’on y trouve. La fluorine, de couleur rose ou rouge vive ou le quartz vrillé (gwindel pour le terme anglo-saxon) qui prend la forme d’un peigne sont les plus recherchés dans le massif, seule zone au monde où on peut les trouver avec l’Oural polaire.

Gwindel collection Musée Alpin Chamonix
Quartz vrillé dit Gwindel - Collection Musée Alpin de Chamonix Mont-Blanc

 

Dans le massif du Mont-Blanc, les premiers spécimens sont apparus il y a 25 millions d’années.

La pression produite par le mouvement des plaques africaines et européennes a formé des cavités dans la roche où s’est infiltrée de l’eau qui, sous la forte pression et les hautes températures a dissous le silicium du granite. C’est une fois que les températures et la pression sont descendues que l’eau s’est cristallisée, formant ces pierres de cristal de roche si convoitées.

Vieilles de 5 à 25 millions d’années selon les spécimens, ces merveilles sont de couleurs très diverses. La fluorine ou fluorite peut être plus ou moins rose ou rouge, le quartz, minéral le plus répandu du massif peut être blanc, teinte la plus commune, ou de plus en plus sombre (fumé), jusqu’au noir total (le rare quartz morion). À côté du prisme hexagonal surmonté d’une pointe, forme de cristal la plus connue, une large variété de formes et de tailles existe. Les pièces rares ont une grande valeur et sont très recherchées par les collectionneurs.

 

Fluorine rose - Musée des Cristaux
Fluorine rose - Massif du Mont-Blanc

La recherche des cristaux est une pratique très ancienne qui pourrait remonter à l'Antiquité, mais elle est surtout documentée à partir du 17e siècle. Les habitants de "Chamoni" en font très tôt un commerce à destination des amateurs de l'époque. Ils exploitent ainsi les quelques richesses que propose ce territoire hostile qu'est alors la haute montagne.

Quartz Mont Blanc

L’exportation des cristaux formait un élément important du commerce de Genève : on sait quel rôle jouait le cristal de roche dans la bijouterie de ces temps. On l’incrustait dans les boutons, les tabatières, les gardes d’épées, les boucles de souliers et de jarretières. Il est bien probable que le quartz vendu à Genève venait de la chaîne du Mont-Blanc, beaucoup plus proche que celles du Valais  et de l’Oberland. Le métier cristallier était très répandu.

Cristalliers au mont Blanc 19e siècle
Estampe, 1872, auteurs: Mosengel / Roth Collection musée alpin, Chamonix-Mont-Blanc

On sait que les anglais William Windham et Richard Pococke (en 1741) étaient venus à Chamonix pour « voir les cristaux » :

« Les chercheurs de cristaux vont, dans le mois d’août, au bas de ces rochers et frappent sur le roc avec des pics. S’ils entendent résonner, comme s’il y a un creux, ils travaillent et ouvrent le roc : ils trouvent des cavernes pleines de cristallisations. Nous aurions souhaité d’y aller, mais la saison n’étoit pas encore assez avancée ; les neiges n’étoient pas encore assez fondues. » (Windham)

Lors de sa visite William Windham parle du Chemin des Cristalliers au Montenvers,  et, une vingtaine d'années plus tard, le scientifique Horace Bénédicte de Saussure le suit jusqu’au glacier de Talèfre. Le Col des Cristaux fait communiquer ce glacier avec celui d’Argentière, où débouche, sur l’autre versant, le glacier des Améthystes. Ces noms sont peut-être des échos d’une ancienne tradition locale. » (Le Mont-Blanc. Route classique et voies nouvelles, Claire-Eliane Engel, 1939)

A partir des années 1800, avec l'affluence des touristes à Chamonix, et particulièrement les anglais, l'activité de cristallier est florissante et des boutiques naturalistes ouvrent dans le village pour fournir les visiteurs. Une activité qui va perdurer à Chamonix jusqu’à la moitié du XXe siècle, période pendant laquelle la ville voit quasiment disparaître l’activité.

Coffret minéraux 1814 Collection Musée Alpin
Coffret de minéraux - Joseph-Marie CARRIER (daté entre 1814-34) Collection Musée Alpin, Chamonix-Mont-Blanc

Dans les années 1960-1970, ce sont quelques jeunes guides et alpinistes qui relancent la recherche de cristaux dans le massif du Mont-Blanc. Roger Fournier, Jean-Paul Charlet, Armand Comte et quelques autres repartent aux cristaux en utilisant toutes les nouvelles techniques de l'alpinisme. En même temps, des clubs de minéralogie se mettent en place en France et ailleurs et les premières bourses aux minéraux sont organisées. Depuis lors, plusieurs générations de guides et d'alpinistes ont repris le flambeau. On est souvent cristallier de père en fils dans le massif du Mont-Blanc.

« C’est une quête du Graal. Une chasse au trésor pendant laquelle on rêve tous de découvrir une fluorine rose » reconnaît le maire de Chamonix Éric Fournier, initié à cette passion par son père, Roger Fournier.

Si chacun a sa propre technique de prospection, tous ont en commun une excellente connaissance de la montagne. Il n'est pas rare que les cristalliers soient des guides de haute montagne tombés un jour par hasard sur un four.

En effet, les géodes tapissées de cristaux sont appelées localement des fours. Ces cavités naturelles, situées dans des filons de quartz ou à proximité, sont en général étroites et assez profondes. L'accès n'est pas facile et leurs dimensions rendent la récolte des cristaux très difficile (un four de grande taille peut atteindre 5 à 6 mètres de long pour seulement quelques décimètres de large et de haut).

Le schéma d'un four à cristaux

Les cristaux se trouvent le plus souvent dans des zones de montagne fissurées où la montagne se délite et où les chutes de pierres sont fréquentes. Le danger est accentué aujourd'hui par le réchauffement climatique. Le dégel du permafrost fragilise davantage la roche, multipliant les chutes de pierres. Des risques que sont prêts à prendre les cristalliers comme Christophe Perray, qui n’hésite pas à bivouaquer 3 à 6 jours au cœur de la montagne.

« On est un peu des vagabonds ou des gosses à la recherche de trésors », s’amuse Christophe Perray, Vallorcin de 67 ans et ethnologue à la retraite.

Le code d’honneur des cristalliers

 L’usage par les cristalliers d'explosifs, de machines et de l’hélicoptère est formellement interdit. Une circulaire ministérielle de 1996, formulée par Michel Barnier, alors ministre de l'environnement, autorise la prospection et la cueillette de minéraux seulement par des techniques de recherche traditionnelles.
 
En 2008, la municipalité de Chamonix, propriétaire du dessus et du dessous du massif du Mont-Blanc, publie un arrêté établissant un code d'honneur des cristalliers. En plus de reprendre les obligations formulées par la circulaire, ce texte élaboré par le Club de minéralogie de Chamonix, association créée en 1966, précise un certain nombre d’obligations.

En 2009, la mairie de Chamonix décidait de prendre un arrêté afin que les cristalliers réservent la primeur de leurs trouvailles au musée de la commune.

La genèse du projet du Musée

Après une vingtaine d'années de réflexion, une première convention est signée en 2004 par laquelle la mairie s'associe avec le club de minéralogie pour la gestion d'un musée, réunissant les collections municipales, les collections du club de minéralogie et des prêts de collectionneurs privés. Le premier musée des Cristaux ouvre ses portes à l'Espace Tairraz en 2005.

En 2018, suite à deux acquisitions exceptionnelles, la Mairie de Chamonix-Mont-Blanc et la Communauté de Communes de la Vallée de Chamonix prennent la décision d'agrandir l'espace muséal. Il s'agit du don de la collection Claude-Julien Ducarre au club de minéralogie (325 pièces) et le legs Michel Jouty à la Mairie de Chamonix-Mont-Blanc (1255 pièces).

Pour en savoir plus sur les collections, les dépôts et les prêts, vous pouvez consulter le dossier de presse du Musée des Cristaux.

Brochure

2021_COMM_Musée des Cristaux Dossier de Presse_PAGES_HD.pdf

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